Les épidémies de bronchiolite

 

par le Dr Anh Tuan DUONG

Il respire mal. Est-ce une bronchiolite ?

Tous les hivers, 460 000 enfants de moins de 2 ans sont touchés par l’épidémie de bronchiolite. Son caractère spectaculaire et particulièrement angoissant pour les parents explique le recours trop fréquent aux urgences hospitalières alors que la majorité des cas peut être traitée à la maison.

Le principal responsable des épidémies de bronchiolite s’appelle le Virus Respiratoire Syncitial ou VRS. Il provoque une épidémie qui débute vers octobre-novembre, avec un maximum de cas en décembre-janvier. Elle dure de trois à cinq mois. Le VRS aime les grandes métropoles urbaines car sa diffusion est accélérée lorsque les populations sont concentrées. Depuis plusieurs années, les pédiatres constatent une augmentation régulière du nombre de cas de bronchiolite.

Un virus très contagieux

Presque tous les enfants rencontrent le VRS avant l’âge de deux ans. Ils ne font pas tous, heureusement, une bronchiolite. Quand ils sont infectés, ils éliminent une grande quantité de virus par les sécrétions nasales, pendant une à deux semaines.
Les adultes de l’entourage peuvent être contaminés et les personnes âgées, comme les tout-petits, sont particulièrement fragiles. Le virus se transmet par les mains ou par l’air contenant des virus en suspension, quand enfants et adultes toussent.
Des mesures de prévention permettent de limiter la transmission de ce virus, comme se laver soigneusement et fréquemment les mains, éviter les contacts avec des personnes enrhumées, éviter les transports en commun, embrasser bébé sur les jambes ou sur les pieds plutôt que sur le visage, éviter de placer les tout-petits en collectivité en période d’épidémie, de novembre à janvier.

La bronchiolite : un rétrécissement des bronchioles

L’infection débute dans les cavités nasales. Bébé présente les symptômes d’une banale rhinopharyngite (rhume) avec une fièvre modérée (inférieure à 38,5°C), une toux sèche et son nez coule pendant deux jours. Ce n’est que vers le troisième jour qu’apparaissent les signes typiques de la bronchiolite, car l’infection s’étend ensuite aux “tuyaux” de l’arbre respiratoire, les bronches et surtout les bronchioles, dernières ramifications très fines.
L’inflammation provoquée par l’agression du virus entraîne une obstruction de ces fines bronchioles. Cette obstruction, cause de la gêne respiratoire, est due à la fois à l’épaississement de la paroi des bronchioles et à l’augmentation du volume des sécrétions à l’intérieur du tuyau. Bébé commence à tousser et sa respiration s’accélère, on parle de dyspnée. Il respire plus vite pour compenser le rétrécissement des bronchioles où l’air passe moins bien.

Au moment de l’expiration, le passage de l’air par ces bronchioles rétrécies peut se traduire par des sifflements. Ces sifflements sont perçus par le pédiatre avec un stéthoscope ou même entendus à l’oreille.
Les signes durent environ une semaine et le plus souvent bébé reste
au domicile. La gêne respiratoire, si elle est importante, représente un effort musculaire intense qui peut l’épuiser, surtout s’il est petit ou plus fragile. Bébé commence par moins bien manger. Si votre bébé a du mal à s’alimenter, n’hésitez pas à le montrer à un médecin qui peut décider de l’hospitaliser.

Le traitement : lutter contre l’encombrement

Votre médecin adaptera le traitement en fonction des signes retrouvés. Dans la majorité des cas, la bronchiolite est une affection bénigne qui peut se traiter à la maison.
L’objectif est de supprimer l’encombrement : au niveau du nez par un lavage nasal suivi d’une aspiration avec un mouche-bébé. Parfois l’encombrement est trop important et votre médecin préconisera une kinésithérapie respiratoire. Elle a pour objectif d’expulser les sécrétions et l’air piégé dans les alvéoles du poumon. Ceci est indispensable car, si le nourrisson est capable de tousser, il n’a en revanche pas assez de force pour évacuer ces sécrétions. Il faut prévoir au départ cinq séances pour une bronchiolite, à raison d’une à deux séances par jour, pe. Ces cinq séances peuvent être renouvelées si l’enfant en a besoin. Avant de commencer la séance, le kinésithérapeute réalise une évaluation de la difficulté de l’enfant à respirer. Il effectue au préalable un lavage nasal pour déboucher les fosses nasales. Puis la désobstruction s’effectue par des pressions sur le thorax du bébé, grâce à la technique de l’Augmentation du Flux Expiratoire (AFE) réalisée plus ou moins rapidement, en fonction du type de bronche à déboucher.

La kinésithérapie : un acte totalement indolore

La kinésithérapie respiratoire du bébé est très spectaculaire et peut effrayer les parents. Bébé pleure et crie très fort. D’ailleurs, même s’il est préférable que la maman reste pour donner la main à son bébé pendant la séance, elle est tout à fait libre de ne pas y assister.
Avant de procéder au “massage”, le kinésithérapeute explique les gestes qu’il va effectuer. Il va appuyer sur la cage thoracique du bébé mais ce geste ne lui fait pas mal. Elle ne risque pas d’être écrasée, car elle est souple, d’autant plus maléable que bébé est petit. Cette souplesse a d’ailleurs permis au thorax du bébé de “glisser” entre les os du bassin au moment de l’accouchement. C’est ainsi que la naissance réalise le premier acte de kinésithérapie respiratoire. Le thorax est ainsi comprimé pour aider bébé à expulser le liquide résiduel qu’il avait dans les poumons pendant sa vie intra-utérine. Cela explique pourquoi, quand les bébés naissent, ils “bavent”. Finalement, le kinésithérapeute ne fait que reproduire ce mouvement pour faire évacuer les sécrétions qui obstruent les bronches et les bronchioles.
L’enfant crie aussi très fort. La manipulation par le kinésithérapeute n’est certes pas agréable, mais rassurez-vous, elle est totalement indolore. Il faut avoir à l’esprit que le cri provient d’un mouvement d’expiration. On comprend bien que la compression soudaine du thorax fait sortir l’air plus fortement, ce qui rend le cri plus perçant.

Des techniques très efficaces

On attend que le bébé soit en inspiration et au moment où il est au sommet de son inspiration, le kinésithérapeute appuie très fort pour dynamiser l’expiration et “vidanger” l’arbre bronchique.
Comme lorsqu’on appuie sur une poire pour en éjecter son contenu. Cette technique appelée Augmentation du Flux Expiratoire (AFE) permet d’évacuer les sécrétions des bronches et des bronchioles. Depuis la Conférence de Consensus élaborée par des experts en 1994, elle remplace la technique du clapping, inefficace voire dangereuse pour l’enfant. L’AFE est complétée par une autre manoeuvre, la toux provoquée. Le kinésithérapeute stimule avec son pouce une zone située sur la trachée. Ce geste fait tousser bébé et l’aide à cracher les sécrétions qui sont remontées des bronches. Puis le kinésithérapeute réalise une désobstruction des fosses nasales en réalisant un lavage et un mouchage. Cela aide beaucoup les bébés qui respirent principalement par le nez. Dès la fin de la séance, le kinésithérapeute remet bébé dans les bras de sa maman pour un câlin bien mérité.

Une forte relation médecin-kinésithérapeute

Pour faciliter le traitement au domicile, les professionnels de la santé essaient d’organiser ce que l’on appelle des réseaux. Ils n’existent pas encore dans toute la France. Ces réseaux relient d’une part les médecins, pédiatres qui exercent en ville, les médecins hospitaliers et les kinésithérapeutes. La création de ces réseaux provient d’un constat simple : neuf fois sur dix, l’enfant atteint de bronchiolite peut bénéficier de soins à son domicile ou au cabinet, par des équipes de ville, ce qui évite aux parents de se rendre systématiquement à l’hôpital complètement submergé en période d’épidémie. Il existe ainsi une relation très étroite entre les pédiatres, les médecins généralistes et les kinésithérapeutes spécialisés qui travaillent ensemble. Vérifiez cependant que le kinésithérapeute qui suivra votre enfant assure également la continuité des séances durant le week-end ou les jours fériés. 24 à 48 heures après les premières séances, le kinésithérapeute informe le médecin de l’évolution de l’état de santé de l’enfant. Dans cet échange, si le kinésithérapeute remarque une aggravation, comme par exemple une température qui augmente ou l’apparition de sifflements, il prévient aussitôt le médecin.
En fonction de l’évolution de votre enfant, il peut vous conseiller de consulter de nouveau votre médecin ou d’aller à l’hôpital.

Les facteurs qui favorisent la bronchiolite
Habitat dans des zones très urbanisées et industrialisées, dans des quartiers défavorisés.
La présence de frères et soeurs à la maison.
Le tabagisme des parents : le taux de nicotine dans le sang est plus élevé chez les nourrissons hospitalisés pour bronchiolite.

Conseils en cas de traitement à la maison

Faites réaliser une kinésithérapie respiratoire au domicile ou au cabinet.
Débouchez les fosses nasales de votre bébé par un lavage puis une aspiration douce des sécrétions à l’aide d’un mouche-bébé, avant les repas.
Maintenez une bonne hydratation et augmentez la ration d’eau ou de lait en cas de fièvre ou de respiration accélérée.
Fractionnez les repas (moindre quantité mais plus souvent).
Interdisez-vous de fumer près de bébé ou dans les pièces qu’il occupe.
Aérez bien la chambre.
Chauffez sans dépasser 19°C.
Couchez bébé sur le dos, idéalement en maintenant sa tête en position légèrement surélevée. Utilisez une literie et des moyens de maintien adaptés.

Quand s’inquiéter et consulter en urgence ?

  • Si votre bébé a moins de 3 mois, et surtout s’il a moins de 6 semaines ou s’il est né prématuré (moins de 34 semaines de grossesse).-S’il a déjà souffert de problèmes pulmonaires.-Si votre bébé a des difficultés à respirer :
  • il respire de façon irrégulière et fait des pauses respiratoires,
  • il vous inquiète car il geint et son teint est inhabituel (teint gris),
  • il respire très vite,
  • il mobilise les muscles de son cou pour respirer (tirage) ou ses narines se dilatent lorsqu’il respire (battement des ailes du nez).
  • Si votre bébé mange mal ou refuse ses biberons, s’il fait des fausses routes ou s’il vomit.

Après examen médical, votre médecin peut décider une hospitalisation pour surveiller votre bébé.

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