La station thermale pour les enfants

Par Astrid CHARLERY, journaliste spécialisée dans l’enfance

Atopie, eczéma, ichthyose, brûlures, les problèmes de peau sont souvent chroniques. Difficile d’accepter et de gérer la maladie de son petit. Des stations thermales accueillent des enfants pour des cures encadrées par des professionnels de santé et de l’éducation. Se soigner en apprenant pour guérir, c’est possible.

Ils sont cinq, ils ont 2 ans, ils sont sagement assis sous l’œil attentif de leurs parents. Joëlle, l’animatrice de l’atelier d’éducation à la santé de la peau capte leur attention en sortant de sa poche la mascotte, Chatcureuil. Après les présentations d’usage, elle aborde le thème du jour : « Ca pique ou ça gratte quand on met la crème ? C’est le matin ou à l’heure de dormir que c’est difficile de ne pas se gratter »? La mascotte explique et engage les enfants à s’exprimer. Les échanges entre petits malades se créent et participent à la sortie de l’isolement de leurs parents. Le petit Jonathan se tortille sur sa chaise expliquant que Chacureuil n’aime pas quitter sa maman le soir alors il dit : «ça gratte fort quand dodo » ! C’est comme ça que ça se passe à la station thermale d’Avène. Comme à la Roche-Posay, les professionnels de cette petite station accompagnent la gestion de la maladie. L’éducation s’y taille une part de choix dès la prime enfance.

Bonnes leçons et bonne humeur

La cure thermale est prescrite par le spécialiste ou le médecin traitant de ville à l’enfant dès 6 mois. Ensuite, il peut être accueilli trois semaines en station, durée médicale de la cure, accompagné par un parent. C’est un moyen complémentaire de se soigner. Cinq jours sur sept pendant son séjour, l’enfant est l’objet de soins à base d’eau thermale, bains, douches, compresses, massages etc. Il est aussi au cœur d’un processus d’éducation. Il comprend ce qui lui arrive et aide son entourage à adapter des solutions : «On a appris à ne pas dire à notre enfant de ne pas se gratter. On a aussi amélioré la gestion de la maladie par des petites choses : faire sécher le linge à l’intérieur, éviter les parfums …», explique Véronique dont la petite fille a suivi un programme d’éducation et d’information sur l’atopie à Avène. Plusieurs ateliers et conférences sont ainsi proposés en début de cure par le médecin thermal : outre Hygiène et hydratation, il y a Alternative au grattage, Massage des enfants,Relaxation et Rencontre avec une psychologue. Celui qui a le plus de succès, c’est Alternative au grattage. On y explique les nouveaux comportements à adopter, les trucs et recettes, les tests ludiques d’évaluation de la maladie et les outils alternatifs contre le grattage. Ainsi l’infirmière qui anime la séance avec un groupe de 4-5 ans soigne la mascotte sous les yeux ravis des enfants.
Les parents, un peu en retrait n’en perdent pas une miette. La professionnelle de santé fait sa démonstration sur la mascotte : « Quand ça gratte, un pschitt d’eau thermale sur une compresse et on applique», explique t-elle, gestes à l’appui. « Il y a aussi l’éventail qui rafraîchit la peau abîmée», ajoute t-elle. Et puis elle sort de sa boîte à trésors, les packs gels frais qui dit-elle, sont aussi efficaces et anesthésiants sur un hématome que sur une peau inflammatoire. Ensuite, c’est la deuxième étape de l’atelier où les enfants choisissent un outil et s’exercent sur la poupée de chiffon. Ils sont attirés en priorité par l’outil qu’ils choisiraient pour soulager leurs propres démangeaisons.
Aussi tout naturellement les petits manipulent sur eux mêmes les outils présentés par l’infirmière. Le spray d’eau thermale a beaucoup de succès. Si l’approche est ludique, elle aide à faire évoluer les attitudes. «Les petits deviennent plus autonomes, ils grandissent et sont fiers de contrôler certains pans de leur prise en charge», rappporte le Dr Pavlina Dulguerova dermatologue en station thermale. Les familles de leur côté apprennent à faire confiance à leur enfant et à devenir bienveillantes plus qu’autoritaires. Le programme du jour se termine ainsi par le jeu de la coccinelle blanche. Les enfants en maillot de bain déposent des tâches de crème émolliente sur leur corps, puis ils étalent.
« A ce moment là, l’effet groupe est important, tant pour la mère que pour son enfant», explique encore la dermatologue. Les jeunes élèves pointent les endroits oubliés et multiplient les touches blanches. A la Roche-Posay, c’est au travers d’un rituel ludique que les enfants sont guidés dans leur apprentissage gestuel. Les petits curistes comme Mattias, dès 5 ans, apprennent à en faire une habitude quotidienne qui perdure au retour à la maison et aidera l’enfant et sa famille à mieux supporter les symptômes.

C’est tout moche too much

L’éducation ne s’impose pas, elle se construit à partir des compétences et du vécu de chacun. Ainsi le médecin évalue le niveau de connaissances des parents et du petit curiste sur la maladie à la première consultation thermale. L’historique et la chronologie, la fatigue et le stress de la mère sont aussi discutés pour orienter vers l’atelier éducatif qui convient en priorité. « C’est un dialogue qui débute avec une programmation personnalisée d’étapes éducatives», continue le médecin. Les parents apprennent à regarder leur enfant autrement. C’est difficile en effet, pour les mamans en particulier de voir leur enfant abîmé par une maladie de peau. «Les rencontres avec d’autres parents, les informations reçues sur la maladie, la dédramatisation apportent plus de sérénité et de recul», rapporte Isabelle, la Maman de Mattias et Alicia, tous deux curistes. Cette prise en charge éducative marche tellement bien que la station d’Avène la propose aussi en anglais. Cette saison débute avec l’arrivée de sept enfants australiens qui s’initient à l’éducation de la santé de leur peau. Riches de nouveaux comportements et savoirs ils vont pouvoir améliorer leurs symptômes. A la fin du programme à Avène, les enfants reçoivent d’ailleurs un petit diplôme et aussi un très joli livre en cadeau Petite princesse joyeuse (Little cheerful princess), l’histoire d’une petite fille qui couverte de tâches rouges, ne peut approcher son chat ou manger des fraises, se gratte souvent et devient triste ! Elle est alors invitée dans le royaume d’une bonne fée… où elle va apprendre en s’amusant et découvrir qu’elle n’est pas seule.

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