Rêves de bébé, des sourires et des larmes

par Astrid Charlery, journaliste spécialisée dans l’enfance

La mécanique du rêve est liée à celle du sommeil. Sommeil lent puis paradoxal, celui-ci est indispensable à la construction de l’individu.

« Bonne nuit mon bébé et fais de beaux rêves ». Le dernier baiser échangé, Maman quitte la chambre. La nuit de l’enfant peut être peuplée de rêves, qu’en sauront ses parents ? Si la nuit est calme, l’enfant ne parlera pas de ce dont il a rêvé. En revanche, si la nuit est agitée, elle devient cauchemardesque. « C’est l’Indien et le loup, et puis le méchant et il veut me tuer… » Des mots, une élocution saccadée et bien sûr des incohérences. Il faut écouter et rassurer. Et quand les perturbations nocturnes se répètent, il faut essayer de comprendre les raisons de ce dérèglement qui trouve son origine dans l’activité de la journée.

Le sommeil, pour rêver, apprendre et grandir

La nuit commence. L’activité du cerveau se ralentit, le tonus musculaire se réduit, la respiration et le cœur prennent un rythme calme et régulier.  Les yeux sont fermés, immobiles. Le cerveau se recharge en énergie, il refait son stock de glucose. Après cette première période de sommeil lent, l’organisme plonge dans une phase de sommeil dit paradoxal parce le sommeil est profond mais le cerveau, le cœur,les yeux, la respiration s’emballent. Cette période d’intense activité mentale se met en route et entraîne une forte consommation d’énergie. Le corps lui, ne bouge pas, à part le pénis souvent en érection.

L’enfant rêve.

Le sommeil est indispensable à la vie. Déjà le fœtus connaît ces périodes d’alternance entre éveil et sommeil. En effet, le sommeil paradoxal contribue au bon fonctionnement.  Le sommeil sert encore à apprendre. Pendant que le corps se repose, le cerveau trie, organise les informations accumulées en période de veille pour fixer les acquis et intégrer des connaissances. C’est aussi le psychique qui se construit : dans les rêves, les désirs se réalisent, les peurs s’expriment, les situations de la journée se rejouent, permettant à l’enfant d’exprimer ses frustrations ou d’envisager la traversée de dures réalités quotidiennes. Enfin le sommeil sert à grandir. C’est pendant la période qui précède les phases de sommeil paradoxal que le cerveau sécrète l’hormone de croissance qui déclenche les processus de multiplication des cellules.

Au loup !

Le rythme général du sommeil des enfants se régularise vers 5-6 mois. Les nuits sont calmes. Et puis soudain, vers 8 mois, c’est le hurlement ! En général, on est dans la deuxième partie de la nuit. Expliquer que le monstre n’existe pas relève de la gageure car l’enfant, jusqu’à 2-3 ans, ne cerne pas la différence entre réalité et rêve. La main sur son dos, caressez-le et, par des mots doux, rassurez-le. Lui, il a bien vu le loup, le méchant, la bête couverte de poils noirs aux yeux terrifiants, ce lui-là qui hante encore et toujours les imaginaires. Mais l’enfant ne peut l’identifier que lorsqu’il sait “mettre en mots”ses pensées. Aussi le contenu des cauchemars est difficile à comprendre avant que l’enfant ne puisse parler. Ne culpabilisez pas, il est normal que des monstres sortent des rêves de l’enfant. Affirmez votre présence, « Maman est là, tout va bien… ». Chantez une berceuse.

Et la terreur nocturne ?

Il ne faut pas confondre le mauvais rêve avec la terreur nocturne. Cette dernière surprend l’enfant dans une période de sommeil lent, sans rêve, plutôt en début de nuit. En général ces terreurs apparaissent vers 2 ans. Ce sont des sortes de réveils ensursaut. Mais l’enfant dort et c’est l’articulation entre deux phases de sommeil qui se fait mal. Il semble
assister à une scène terrifiante et n’a pas conscience de ses actes. Il est difficile d’établir un contact avec lui. Il faut attendre qu’il se calme.

Les enfants qui racontent des histoires…

Et puis il y a les filous, ceux qui,avant même que maman ait éteint la lumière, voient sortir le loup du bois. Ils racontent n’importe quelle histoire pour éviter de vous voir quitter la chambre. Les parents doivent évaluer la différence entre manœuvre affective, peur du noir et insomnie. Le dialogue, c’est bien pour comprendre s’il y a de véritables angoisses ou si on rentre dans le jeu du chantage. Car la traversée de la nuit est un apprentissage de l’autonomie. Accompagnez la quête du sommeil de rites. Il s’agit d’être doux, mais ferme. Le caractère immuable du rite du coucher rassure l’enfant. Lisez un livre. Cela rapproche de maman et les gestes tendres échangés réconfortent. La peluche ou le doudou, c’est le compagnon qui rassure face à la nuit noire qui va tomber. Laissez la veilleuse, elle sert de repère. Ensuite partez et revenez, une ou deux fois…
Mais pas cent, même si vous éprouvez ce petit pincement au cœur. L’intervention paternelle dans ces cas-là peut être d’une grande efficacité. Sa présence à la maison rassure et son autorité bride quelques élans de l’enfant. Personne n’empêche aussi le papa d’offrir une bonne dose de câlins. L’enfant, dès 3 mois, met entre un quart d’heure à une heure pour s’endormir. En grandissant, il peut rester calmement dans son lit, s’il rencontre des difficultés à s’endormir ou s’il n’a pas besoin de beaucoup de sommeil. Mais certains enfants rencontrent de vrais troubles de l’endormissement. Il faut alors apprivoiser le sommeil et comprendre  au cours d’une consultation médicale ce qui gène l’enfant. Sollicitez votre pédiatre, il saura vous orienter…

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