Sommeil et sensation de sécurité : une origine naturelle, une réalité quotidienne

La vie aujourd’hui est la résultante de notre lente et fabuleuse évolution. Avec Nathalie Debrock, revenons ici sur le lien entre le sommeil de bébé et la sensation de sécurité.

Dormir est inné, universel, vital

Depuis son origine sur Terre, toute forme de vie a dû et doit alterner des temps d’activité et des temps de repos. Pour quasi toutes les espèces, cette alternance de rythme est liée à l’alternance jour-nuit.

D’autres paramètres influencent la capacité de l’individu à sombrer dans le sommeil ou au contraire, à rester éveillé : le respect des fonctions vitales et physiologiques, le poids et la durée de l’éveil, la surveillance de l’environnement immédiat ; donc la sensation de sécurité. Cette dernière est une condition absolue pour que l’organisme puisse lâcher-prise sur ses fonctions d’éveil, et accepter de les mettre…en veille. La transition de l’éveil vers le sommeil est possible à condition de lâcher-prise sur la surveillance d’un risque ou d’un danger potentiel.

Dormir nécessite de lâcher la vigilance

Aujourd’hui, nos chambres ne ressemblent plus à des cavernes dangereuses, les portes robustes et les murs pleins nous protègent de l’extérieur, les tigres à dents de sabre ont déserté notre réalité. Pourtant, le nombre d’adultes en mal de sommeil, dans notre pays, croît toujours plus. Les études prouvent la part de l’anxiété, l’impossibilité ou difficulté à lâcher-prise, en début ou au cours du sommeil. Nos raisons sont innombrables, suivent le cours de notre évolution personnelle, de notre âge, de notre santé, de notre capacité à trouver et garder notre sensation de sécurité, en nous ou dans notre environnement.

Pour résumer, l’entrée en sommeil et son maintien sont liés à la baisse de vigilance et de réactivité à l’éveil, consécutive au lâcher-prise, possible en situation de sécurité physique et affective.

Sensation de sécurité avant et après la naissance, et sommeil de bébé.

Des repères in-utéro

Durant la grossesse, le fœtus dort environ 95% de son temps. En contact physique permanent et de plus en plus étroit, au fur et à mesure de sa croissance, avec son environnement, il perçoit tout ce qui vient de sa mère, voix, sons, aliments, décharges hormonales, ainsi que les sons et vibrations extérieurs.

Et après ?

A la naissance, il perd cet enveloppement global, cette sécurité absolue. Le rôle des parents est de lui permettre de retrouver cette sensation : les bras, le peau à peau, le contact avec les bruits maternels, la voix des parents, l’odeur d’un linge ou vêtement porté par eux, etc… Les repères qu’il connait déjà, et ceux qu’il découvre après la naissance. Tout cela s’associe pour lui apporter la sensation de sécurité dont il a tant besoin. Par exemple, cette voix grave qu’il entendait depuis plusieurs mois, maintenant associée à une odeur, et au visage de papa. Et pendant ses courts temps d’éveil, ou pour accéder au sommeil, bébé a besoin de se sentir totalement sécurisé.

Dormir de façon continue et efficace est le résultat d’un apprentissage

Du nouveau-né à l’adulte paisible et bien dans son sommeil, la route est longue et semée d’étapes, pas toujours tranquilles, pas toujours faciles. Certains d’entre nous le savent bien, pour le vivre souvent la nuit…

Quelques notions nous permettent de comprendre comment se met en place la capacité à s’endormir et se ré-endormir seul, ce que j’appelle ici le sommeil autonome.

Des réveils brefs au milieu de la nuit 

S’il est normal et physiologique de se réveiller au cours de la nuit, les réveils sont supposés être très brefs, le plus souvent imperceptibles. [A lire aussi : les cycles de sommeil de bébé]

Tout au long de notre vie, le ré-endormissement est lié à la sensation de sécurité captée par notre cerveau. Favoriser et ressentir cette sécurité physique et affective permet le lâcher-prise nécessaire à se laisser aller vers le sommeil, en toute tranquillité. Et ceci s’acquiert après la naissance.

Les tout premiers mois, les éveils sont nombreux et le plus souvent dus à la faim. Le ré endormissement du bébé, lié à cette sensation de sécurité issue de son environnement affectif, est donc aussi étroitement associé à l’alimentation (quel qu’en soit le mode). Association qu’il faudra veiller à défaire ultérieurement, en distançant sommeil et repas, pour éviter la mise en place de conditionnements. Le sommeil de bébé n’est alors possible qu’en répétant ces fonctionnements, (bras, repas, etc) pour le grand désarroi des parents !

Nous aussi, après avoir été totalement dépendants lorsque nous étions bébés, avons appris à sécuriser notre sommeil à notre façon ; ouvrir ou fermer les rideaux, les fenêtres ? la porte de la chambre ? laisser une lumière ou pas ? la télévision, la radio ? vérifier la porte d’entrée, les volets ? dormir avec le chat ? Et vous, de quoi avez-vous besoin ?

[A lire aussi : Il se réveille la nuit, que faire ?]

La sensation de sécurité, ça s’apprend

Un apprentissage est le résultat de la fabrication par le cerveau du chemin de neurones correspondant, suite à la répétition de l’information, dans des conditions optimales de sécurisation.

A la naissance à terme, le cerveau du petit d’homme est encore totalement immature ; sa transformation se poursuit très lentement après la naissance, et surtout pendant les 3 premières années, avec la fabrication de milliards de connexions nerveuses. A la naissance, le nouveau-né n’a donc pas les moyens de se sentir en sécurité par lui-même, il dépend totalement pour cela de son entourage affectif. Peu à peu, la répétition des réponses parentales à ses peurs, lui apprendra que tout va bien, tout est pareil, il apprend de fait ce que nous lui apprenons.

La sécurité de l’apprentissage, tend vers l’autonomie

Dans notre cerveau, la sensation de sécurité favorise les apprentissages, quand la sensation d’insécurité bloque le processus. Plus les parents sont sereins et apaisés dans la répétition de leurs attitudes et réponses au bébé, plus et mieux celui-ci va apprendre. De nombreux spécialistes du bébé et de l’enfant insistent sur le fait que la sécurité dans l’apprentissage conduit à l’autonomie.  Entourer un bébé de calme autour du moment du coucher, lui donner aussi le droit de s’exprimer et de pleurer, tout en le rassurant, respirer calmement, tout cela, peu à peu, lui permettra d’apprendre que dormir, finalement, ça peut être chouette. Son autonomie en dépend, qui lui permettra de s’endormir et maintenir son sommeil seul. Une grande victoire, un bel apprentissage, pour notre bien à tous !

L’apprentissage demande de la patience 

Toute notre vie durant, un apprentissage demande du temps ; conduire, marcher, danser, parler une ou plusieurs langues, cuisiner, un nouveau travail, une nouvelle activité… la répétition d’une information, d’un comportement, si possible dans la sérénité et l’apaisement, vont permettre la création de nouvelles connexions nerveuses, et ensuite, la stabilisation de cet apprentissage.

Ainsi, comme tous les autres, l’apprentissage du sommeil autonome et continu demande du temps.

On peut considérer le 1er trimestre après la naissance comme sacré… Un sas entre 2 mondes, une réserve de temps, une étape à protéger. Vouloir qu’il « fasse ses nuits » plus vite, chercher à le « faire dormir » peut mettre sur son développement une pression incompatible avec la sensation de sécurité. Chercher à faire pousser une tomate plus vite lui retirera sa saveur, et ne fera jamais d’elle une pastèque !!

Alors que faire lorsque maman et papa ont repris le chemin du travail ? Nous y revenons un peu plus loin.

Petit à petit, le bébé apprend tout ce que les parents lui apportent, par exemple, dissocier progressivement l’endormissement du repas, puis de la présence de l’adulte…

Concrètement, comment faire ?

Le soutenir, c’est à dire ?

Au travers des soins, contacts, échanges, rituels, variables selon son âge, la culture familiale, les habitudes parentales. Ce sont par exemple le peau à peau, les bras, le portage, son couchage adapté, l’emmaillotage, la parole, le regard……

Endormir un nouveau-né ou un nourrisson dans les bras me paraît juste normal. Nous sommes des mammifères, le petit d’homme est fait pour être porté. Pourtant il s’agit aussi d’éviter, par exemple, qu’un endormissement systématique aux bras, habituel à 2 mois, dure encore à 2 ans.

Pour cela, il est nécessaire de veiller au bon déroulement des phases de transition, qui permettent de passer d’un apprentissage à l’autre, en modifiant les comportements et réponses des adultes à la demande de bébé. Ainsi, la phase de transition, mise en place vers 4 mois après la naissance à terme permet de préparer en douceur l’évolution vers l’autonomie d’un endormissement, qui pourrait ainsi être acquise vers 5 ou 6 mois.

Ecouter bébé, et lui répondre

Lui répondre, à tout âge, est essentiel, le toucher, l’envelopper du regard, de nos attentions. S’il se sent entendu, il pourra apprendre à se laisser aller au sommeil, dans la confiance de sa mère, de son père, de l’adulte.

Lui répondre est important, même sans comprendre la situation, ou l’origine des pleurs.

Un instant, imaginons la situation suivante : nous-même ressentant un mal être ou une difficulté, cherchons à contacter quelqu’un pour évoquer ce qui nous pèse. Cette personne ne nous répond pas, ne nous écoute pas ou répond sur un autre sujet. Que ressentons-nous ?

Sans réponses à ses pleurs ou à ses appels, le bébé peut vivre une grande insécurité.

Qu’il ait 6 semaines ou 3 ans, le bébé a besoin de la sécurité dans ses apprentissages. Apprendre à s’endormir et à dormir seul en est un, très important, et pas forcément facile. La sécurisation apportée par le langage verbal et corporel des parents à ce moment est essentielle. Plus le parent est serein, plus le petit apprendra la sérénité dans l’endormissement.

La séparation, une étape délicate pour tous, encore plus pour bébé

Se séparer, ça s’apprend du côté de bébé comme du côté de ses parents 😉

Rappelons que vers 6,5 à 7 mois, le bébé entame un apprentissage important, une grande étape. En effet son psychisme découvre la réalité physique et émotionnelle de la séparation.
C’est déroutant, déstabilisant, parfois effrayant.

Dans la mesure du possible, pendant cette phase, et jusqu’à environ 9-10 mois, prenons garde à sécuriser d’autant plus ces tout petits, à éviter tout changement important dans leur vie et autour du sommeil. Des difficultés de sommeil pourraient d’ailleurs apparaître ou ré-apparaître, soyons patients….

La séparation, finalement, est un challenge pour tous, de la naissance à 99 ans, et qui se répète chaque fois que le sommeil arrive. Se séparer du présent, de la famille, de maman, de papa, de la sécurité, de mon conjoint, du réel. Rappelons juste qu’il est normal de devoir apprendre à la gérer, et que si c’était si facile… le monde dormirait mieux.

Un besoin de sécurité tout au long de la vie

Cette proximité, cet enveloppement, cette réassurance, cette notion de sécurité dont nous avons besoin toute la vie, va juste, avec les mois et les années, changer de forme, de représentation.

Ainsi, à 4 mois, le bébé aura besoin des bras, de votre voix, de sa gigoteuse (ou pas..), de son doudou, une peluche, un linge, une teuteute…à 2 ans, dans son lit intermédiaire,  il lui faudra peut-être son éléphant préféré et une veilleuse en forme de chat… 😉. A 7 ans, il aura besoin peut être de la porte entrouverte, ses étoiles dans le couloir, une couette bien enveloppante, qui lui recouvre aussi le dos lorsqu’il bouge dans son sommeil….Et nous, que nous faut-il pour nous sentir apaisé(e) au moment du coucher ? 😉

Quelques erreurs à éviter

Tout ce qui perturbe la sensation de sécurité

– Tout ce qui concerne la grossesse, la naissance, la santé, les hospitalisations, les soins, les absences, peut agir sur la sensation de sécurité des parents, et de bébé. Se faire accompagner, dans tous ces cas, peut être vraiment important et nécessaire.

Les changements font partie de notre vie. Une erreur serait de changer quelque chose dans la vie de bébé sans le préparer (le lit, les rideaux, changement d’organisation, de nounou, même au dernier moment, changement de repères, la perte du doudou, l’absence d’un membre de la famille…)

Laisser pleurer bébé sans accompagnement : paniquant, contre-productif, et même cruel pour le tout petit, qui s’exprime, et n’a aucun moyen de se calmer seul. Les pleurs et les cris sont un langage avant la parole.  Ils expriment donc quelque chose, que l’on ne comprend pas toujours. Passé le premier trimestre, laisser un bébé de quelques mois pleurer quelques minutes est possible en étant présent, en le rassurant. Même à 3 ans, un petit qui hurle et tempête a besoin de savoir que vous êtes là, présent et solide. Donc répondre, même si en fait vous êtes dans la pièce d’à côté entrain de tenter de vous calmer…

Supprimer ou oublier les rituels

-Supprimer ou oublier son doudou!

sommeil de bébé

Tout ce qui perturbe votre sommeil perturbe aussi bébé

Trop de bruit, trop de lumière, trop de monde à la maison.

Chercher à le faire dormir coûte que coûte

Le sommeil ne se commande pas, on ne peut faire dormir qui que ce soit… Ne cherchez pas à faire dormir votre bébé. C’est anxiogène et/ou frustrant pour les parents, anxiogène et éveillant pour le tout petit !

Rester seul face à une difficulté de sommeil…

Alors que « on n’en peut plus ». Il est indispensable de savoir demander de l’aide, tant la qualité du sommeil de bébé impacte la qualité de vie de toute la famille. Et réciproquement !

Quelques astuces à suivre pour assurer la sensation de sécurité autour du sommeil de bébé

Permettre à bébé de pouvoir toucher ce qui l’entoure avec la tête, les mains, les pieds: les bords ou le fond du lit, le coin des barreaux..

– Lui laisser son doudou, et l’acheter en double ou triple exemplaire si possible..

bébé chat doudou

-Installez une petite veilleuse si besoin (pas nécessaire après la naissance. Plus tard oui à sa demande).

Un lit doit être adapté à la taille du petit (cf conditions de couchage et prévention de la M.I.N). Le bébé peut se sentir perdu dans un couchage trop grand. Vous remarquez qu’il se colle au mur, cherche les bords du lit? Vous pouvez rétrécir l’espace autour de lui.. (Rétrécir, pas envahir avec des peluches et autres invités du jour. Le lit est un lieu de sommeil, pas de jeu, sans compter les acariens des peluches….). Chez les plus grands, testez de lui fabriquer une cabane ou un ciel de lit.

[A lire aussi : Quels équipements choisir pour un couchage de bébé optimal ?]

-Les rituels : au moment où le sommeil est prêt à s’installer, ils sont précieux pour bébé comme pour les parents. A instaurer quand vous voulez, dès le 2e ou 3e mois par exemple, ils sont courts, 10 minutes environ. Bercements, câlins, paroles, chansons douces, proximité physique et affective de l’adulte préparent la longue séparation. Être vraiment présent, oublier le téléphone, les plus grands qui se disputent, le linge, le repas…. Réguliers, prévisibles, réconfortants, les rituels rassurent. Si une condition manque, le bébé peut se retrouver incertain, l’éveil en alerte prédomine, pas de dodo en vue !

– Voir du lit les ouvertures de la pièce, porte et fenêtres. L’alerte est donnée dans notre cerveau si ces ouvertures sont cachées…

-Dans tous les cas, et comme indiqué précédemment, se rappeler de répondre au bébé ou au petit qui pleure ou crie. Répondre, indiquer que l’on a entendu, répondre avec la voix ou le regard, répondre.

Et lorsque maman et papa repartent travailler ?

  • Préparer le coucher, l’anticiper ; efficace pour bébé comme pour ses parents.
  • Organiser sa soirée, choisir un moment clé avec bébé et avec lui seul.
  • Progressivement, remplacer votre éloignement physique par quelque chose, objet, linge portant votre odeur, parole, habitude, comportement…
  • Parler à votre bébé, dès la naissance. Le prévenir de tout changement, comme de votre départ.
  • La voix porte les émotions, pleurer devant lui et avec lui si c’est le cas, bravo, lui dire vos émotions, en quelques mots simples, lui dire aussi que vous l’aimez… Parler peu et parler vrai surtout.
  • Régularité, sérénité, apaisement. Le vôtre pour commencer, quelques grandes respirations profondes, lâcher le fait de vouloir tout gérer, tout réussir, à moins d’être Super Woman ou Super Man !
  • Rien ne remplace un câlin, une chanson, un bercement, un moment personnel, court, précieux, qui est là pour préparer la séparation de la nuit.
  • Répondre aux pleurs. Ils sont un langage, qui parle d’émotions, et celles d’un tout petit sont très fortes.
  • Oublier les commentaires qui vous diront le contraire….
  • Oublier les conseils qui vous parleront de caprices

Pour conclure

Outre les difficultés normales, transitoires et passagères, les troubles du sommeil sont un symptôme, qui demande à être reconnu. L’observation et l’écoute d’un petit indiquent si, globalement, nous faisons bonne route. Et sinon, tout changement s’apprend, pour bébé comme pour ses parents, et c’est en cela que, constamment, nous grandissons avec nos enfants.

Rappelons-nous que le petit d’humain est un adulte en construction. Son évolution, donc celle de l’adulte à venir, a besoin de temps. Et les parents ont besoin de ce temps pour apprendre à connaître leur petit, reconnaître son langage et ses pleurs, accepter leurs émotions, tâtonner et adapter leurs réponses.

Une dernière suggestion…Vous rappeler que vous avez un cœur, que bébé y a sa maison, et que, tout au fond de vous, vous saurez intuitivement quoi faire le moment venu.

Article rédigé par Nathalie Debrock , spécialiste conseils et formations du sommeil et rythmes de vie des enfants

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