Les secrets du “sang blanc”, voyage dans l’alchimie de l’allaitement maternel

Par le Dr Anh Tuan DUONG

La richesse du lait humain est sans égal. Sa composition est si variée qu’elle est comparable à celle du sang, les globules rouges en moins. Certains qualifient ainsi le lait humain de «sang blanc», résultat d’une alchimie extraordinaire, symbiose parfaite entre ces deux organismes, la maman et son bébé.

2h du matin. Nathalie vient de se réveiller. Maxime, son bébé de 3 semaines pousse de petits cris. En effet, son ouïe devenue plus sensible est maintenant alertée par le moindre cri de son enfant.  C’est l’heure du repas !

Le lait, un brevage élaboré sur demande

Depuis la fin de sa grossesse, l’hypothalamus, situé dans le cerveau de Nathalie prépare la fabrication du lait. Il commande des glandes situées sous le cerveau et appelées glandes hypophysaires. Ces glandes vont produire une hormone, la prolactine.
Cette prolactine qui circule dans le sang entraîne un développement des canaux galactophores des seins. Ces canaux puisent au niveau du sang les différents éléments pour élaborer un lait tout à fait inédit. Ainsi, le lait de Nathalie n’est pas le même que celui d’une autre maman. Et ce lait est complètement adapté aux besoins de Maxime. Ce « sang blanc » contient des nutriments comme les glucides, les protéines, les lipides, les minéraux et également des anticorps (immunoglogulines A) fabriqués par Nathalie et pour protéger Maxime contre les infections. S’il rencontre un microbe, le sein peut créer un anticorps pour le combattre.

D’abord des glucides pour assouvir la faim

Dès que Maxime attrape le mamelon, il exerce une aspiration puissante qui peut même parfois être douloureuse. Cette stimulation déclenche la production d’ocytocine qui entraîne des contractions du sein et également de l’utérus. Ceci favorise l’involution utérine et aide l’utérus à retrouver sa taille normale. Le sein libère alors son précieux contenu. Bébé a faim. Cette sensation de faim est provoquée par une hypoglycémie, un manque de glucide dans le sang de Maxime. C’est pourquoi les premières gorgées du lait de maman sont d’abord plus riches en glucides ce qui rend le lait plus clair. Ces glucides, principalement le lactose, se retrouvent en forte proportion dans le lait humain. Le lactose est transformé en galactose qui contribue à la fabrication de la myéline. Cette myéline constitue des rails qui facilitent le passage de l’influx nerveux au niveau des neurones. Grâce à la myéline, les informations circulent plus rapidement dans le système nerveux.

Une composition sur mesure

Maxime continue à téter. Son sentiment de faim est apaisé par l’apport des glucides. Le sein libère maintenant un lait plus riche en protéines et en lipides. Parmi les protéines, le lait humain est pauvre en caséine et dépourvu de bêta-lactoglobuline. Heureusement car cette protéine, présente dans le lait de vache, est à l’origine d’une allergie, appelée l’intolérance au lait de vache. La taurine, un acide aminé présent uniquement dans le lait humain va participer au développement du cerveau. Les autres protéines participent à la constitution des tissus. Les lipides, arrivées plus tard au cours de la tétée, rendent le lait de Nathalie plus épais et plus blanc. Il contient des acides gras essentiels et beaucoup de cholestérol. Ces acides gras sont dits essentiels car Maxime ne sait pas les fabriquer, ils ne peuvent être apportés que par l’alimentation.
Si chez l’adulte il est déconseillé de consommer trop de cholestérol, chez l’enfant en revanche, il joue un rôle important dans le métabolisme des autres corps gras, pour prévenir plus tard une obésité. Cette richesse en lipides en fin de tétée « calle » complètement Maxime qui éprouve alors un sentiment de satiété.
Des tétées aux senteurs variées comme les repas de maman. Tout comme les adultes, les bébés apprécient la variété des goûts et des saveurs. Nathalie a mangé au dîner un fromage avec du cumin. La saveur de cette épice est passée dans le lait et visiblement Maxime apprécie, sa tétée est plus vive et vigoureuse. Il goutte la variété des saveurs et des odeurs transportées par le lait de Nathalie. D’ailleurs, dans certains pays, les mamans composent des recettes spécifiques afin de faire varier le goût de leur lait. Le cumin, le fenouil, l’anis vert possèdent ces qualités olfactives et gustatives. Ils sont galactogènes puisqu’ils entraînent une augmentation de la sécrétion du lait, par l’intermédiaire d’une augmentation de la succion par le bébé.
Il semblerait aussi que la variété des saveurs et des goût favorise la curiosité des enfants pour des aliments variés, plus tard, au moment de la diversification alimentaire.

La symbiose parfaite entre deux organismes

La succion de bébé est maintenant moins vigoureuse. Sous l’effet de l’ocytocine, le sein se contracte, de même que l’utérus. Nathalie est gênée. Ces contractions lui font du bien, lui procure même un certain plaisir. On comprend ici l’ambiguïté de la fonction du sein, à la fois nourricier certes, mais aussi érotique. Ce sentiment peut être motivant. Pour certaines mamans il est plutôt culpabilisant, cependant, il est tout à fait normal. Après le rot, Nathalie recouche Maxime. Comme c’est la nuit, le cerveau de Nathalie commande une augmentation de la sécrétion de prolactine. Il pense à tout… Grâce à cette prolactine Nathalie va pouvoir s’endormir, pour un repos récupérateur bien mérité..

Différence entre lait humain et lait de vache

Les laits artificiels sont fabriqués à partir du lait de vache. En analysant uniquement la composition d’un lait, les spécialistes sont capables d’en déterminer l’origine. Ainsi, le lait de vache contient 3 fois plus de protéines que le lait humain car le veau grossit 3 fois plus vite que le bébé. En revanche, le lait humain contient 2 fois plus de nutriments nécessaires au développement du système nerveux (lactose, acides gras essentiels) que le lait de vache car le cerveau du bébé augmente 2 fois plus vite que celui du veau.

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