Le homeschooling : l’école à la maison est-ce une bonne chose ?

Par Angélique KOSINSKI-CIMELIÈRE, Psychologue clinicienne

Contrairement aux idées reçues, en France ce n’est pas la scolarisation qui est obligatoire mais l’instruction qui est strictement réglementée jusqu’à l’âge de 16 ans. La loi de 1936 autorise les parents à éduquer eux-mêmes leur progéniture à la maison. En échange, l’Education Nationale exige que l’enfant ait acquis un panel de connaissances et de compétences communs à tous.

Pourquoi les parents retirent-ils les enfants des écoles ? Quelles sont les conséquences d’une déscolarisation et d’une confrontation à un parent devenu… professeur ?

Homeschooling : les principes

Littéralement, c’est un terme utilisé pour signifier «école à domicile». Ce mouvement vient des Etats Unis où le Homeschooling représente plus de 2 millions des enfants en âge scolaire. Un des parents se transforme en professeur. C’est un rôle pris souvent à coeur, allant jusqu’à en faire un «métier».
En France, l’école à la maison est basée sur le même principe : le professeur est un parent. Les leçons sont apprises au gré des envies de l’enfant. C’est lui qui construit le planning de sa journée et qui peut «décider» s’il a envie d’étudier ou non.
Constatation inquiétante : l’enfant décide ! Cette notion est en inadéquation totale avec le développement même de l’enfant. Il est au contraire dans une recherche de limites, de cadre stabilisant. Il est dans cette quête auprès de ses parents la plupart du temps. Dans le cas du homeschooling, c’est le parent qui lui demande de se débrouiller seul. C’est à l’interroger sur la «pseudo liberté» qu’offre le parent à son enfant : un cadeau empoisonné! Les limites ne sont donc pas posées et l’enfant risque de se perdre. Ce n’est pas parce que votre enfant dit s’ennuyer à l’école ou qu’il n’a «pas envie», que le homeschooling est une solution. Un très grand nombre d’enfants traine des pieds sur le chemin de l’école. Le risque, en retour, c’est que l’enfant n’ait pas de limites et qu’il se retrouve dans une situation de toute puissance. Il endosse alors le rôle de l’enfant roi avec, surtout, ses inconvénients : intransigeant, intolérant à la frustration, agressif et souffrant.

Homeschooling : viable en France ?

Aux Etats Unis, le homeschooloing est très répandu à tel point qu’il existe des communautés très organisées.
En France, cette particularité reste encore rare. Les parents, et surtout les enfants, sont souvent stigmatisés par l’Education Nationale, même si officiellement le homeschooling est légal.Par ailleurs, les résultats scolaires de l’enfant ne sont pas vraiment contrôlés. Est-ce faute de moyens ou un désintérêt général pour ceux qui choisissent l’école à la maison? En effet, l’enfant a seulement l’obligation d’avoir les mêmes connaissances que les autres adolescents de son âge à la fin de la scolarité. Mais aucun test n’est passé, aucune évaluation. Le seul contrôle se matérialise par la visite d’une assistante sociale, tous les deux ans, afin de contrôler les conditions générales d’apprentissage. Je reste personnellement sceptique.

Maman ou maîtresse ?

L’enfant qui fait l’école à la maison est confronté à un dilemme : comment appeler le parent qui fait la leçon ? Maman ou maîtresse? C’est quasiment schizophrénique : le matin je suis ta mère et l’après-midi, ta maîtresse. Et interdiction de mélanger! Ce choix de la part des parents n’est pas anodin. Nous pouvons nous interroger sur les liens parent-enfant. Le parent peut-il se détacher de son enfant ? Pourquoi ce besoin de contrôler sa scolarité ? Jusqu’ici, un parent classique pouvait observer la vie de son enfant à la maison mais lorsqu’il se rend à l’école, tout lui échappe! Désormais, avec ce choix, la porte de tous les possibles est ouverte. Ce qui est pathologique et mortifère au sens psychanalytique, pour l’enfant. Il est privé de la vie extérieure, de confrontation à ses pairs et de sociabilisation. En effet, ce dernier ne peut pas accéder à une autonomisation, phase cruciale de développement de l’enfant pour son bien être psychique et son estime de soi. En allant à l’école, il se compare aux autres et peut être fier de lui ou bien mécontent. Il peut également prendre conscience de l’existence d’autres univers que ce lui de sa famille et à acquérir ainsi des repères qui construisent sa personnalité. Les puristes du homeschooling affirment pourtant que leur enfant n’est pas coupé du monde et qu’il a beaucoup de copains. Peut être… mais l’amitié est forcément plus superficielle lorsqu’on rencontre quelqu’un au parc une fois de temps en temps. La vie en communauté à l’école tisse des attaches plus approfondies. La connaissance d’autrui est plus précise.

Des souvenirs se construisent et ils sont importants. Priver l’enfant de relations sociales, c’est l’isoler dangereusement de la réalité. Autre point important : la pédagogie. Les enfants sont très sensibles à la personne ayant une autorité de savoir. Il se crée des affinités avec les professeurs qu’ils rencontrent tout au long de leur scolarité. Ensuite, les parents ne suivent aucune formation préalable. Chacun doit rester à sa place de parent et de professeur. Un parent n’a pas à rentrer dans la pédagogie comme un professeur ne s’occupe pas du privé. Pour cela, remémorez vous les longues soirées où vous tentiez de faire apprendre à votre enfant une poésie. Vous étiez à bout de nerfs parce qu’il n’écoutait pas. Les professeurs enseignent comment leur apprendre et comment les faire aimer apprendre. Pourquoi les priver de cela ?

L’enfant face aux autres

Le homeschooling implique un isolement social. L’enfant est seul, chez lui ou au mieux avec sa famille. Il se construira l’image d’un monde unilatéral, uniculturel, sans surprise car la famille est prévisible contrairement aux copains. Ceci crée un vide et un handicap par rapport au savoir se comporter avec les autres, à tisser des liens. Si un jour, l’enfant décide de retourner dans un système dit classique, le choc risque d’être très difficile. Il sera forcément étiqueté, plus fragilisé par l’absence de confrontation aux autres et plus démuni face aux réactions courantes à avoir dans la société.

Cas particulier : la phobie scolaire

Jusqu’à présent j’ai parlé de l’enfant sans pathologie. Il en est tout autre concernant la phobie scolaire qui est un trouble envahissant empêchant tout mode de pensée logique. L’origine est variable. L’enfant est dans l’incapacité absolue de retourner à l’école. Ce cas exceptionnel nécessite de prendre des cours par correspondance au CNED et d’entamer un suivi psychologique approfondi. L’encadrement dans une phobie scolaire est très strict, il fonctionne en parallèle avec un service hospitalier ou un praticien privé. L’autre différence clé, c’est que le phobique a connu l’école, les échanges sociaux et l’autorité représentée par les professeurs. Situation que ne connaissent pas ceux qui sont pris en charge par leurs parents dès le plus jeune âge via le homeschooling.

En conclusion, il me semble plus sain de faire connaître le monde parfois rude de l’école à l’enfant, de le confronter à autrui pour qu’il puisse se défendre dans la vie professionnelle qui n’est qu’une copie adulte du monde enfantin. Par ailleurs, il est déjà difficile pour un parent d’assumer son rôle éducatif et de tenter de faire le moins d’erreur possible, alors pourquoi vouloir, en plus, vouloir jouer les apprentis professeurs ?

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