Les mains, outils de l’intelligence

par le Dr Anh Tuan DUONG

En quelques mois, bébé va faire de ses petites menottes un outil extraordinaire. Au cours de cette évolution, il essaye d’abord de toucher, de prendre puis de jeter… Et il va vite comprendre que le « maître » des objets, c’est lui !

Les mains caractérisent les primates, hommes, lémuriens ou singes. Mais alors que nous partageons avec notre cousin chimpanzé 99% de notre patrimoine génétique, il est un élément qui nous appartient en propre : la pince supérieure, formée du pouce et de l’index. Nous avons a en effet la capacité de saisir des objets très fins entre le pouce et l’index, plus précisément pulpe contre pulpe.
Les chimpanzés eux, saisissent leur nourriture en utilisant la pince inférieure entre la paume et les derniers doigts de la main. C’est dire toute l’importance que représentent les mains et leurs fonctions dans l’expression de l’intelligence humaine.

Je saisis les objets, mais je ne m’en rends pas compte

Dès sa naissance, bébé peut agripper votre doigt si vous le posez dans sa main. Désolé de vous décevoir, il ne s’agit pas encore d’une marque d’affection mais d’un simple réflexe appelé le grasping. Ce mouvement involontaire s’explique par le fait que les muscles qui ferment la main ont un tonus supérieur à ceux qui l’ouvrent.
Ceci se retrouve d’ailleurs sur l’ensemble des membres en position fléchie. Ainsi, votre bébé est recroquevillé sur lui-même, bras et jambes repliés.
Vers 3 mois, les mains de bébé s’ouvrent un peu plus mais la fermeture de la main n’est toujours pas volontaire et s’il agrippe un objet, il le perd très souvent.

Je tends la main car je le veux

Vers 5 mois, bébé prend conscience de certaines parties de son corps.
Ses mains bougent, il peut les réunir en jouant et en plus, elles répondent à sa volonté. Si on lui présente un objet, il va tendre la main pour le saisir. C’est la « réaction tactilo-visuelle » qui permet à bébé d’associer deux sens : la vue et le toucher.
Cette amorce de mouvement volontaire participe à la construction de sa personnalité. « je veux donc j’existe ». Il va mémoriser également que ses mouvements volontaires peuvent avoir un effet sur les objets qui l’entourent.
La découverte de ce nouveau pouvoir va entraîner chez le bébé un besoin effréné de tout toucher et de tout manipuler.

Je saisis les objets comme un singe

La préhension volontaire est bien acquise aux alentours des 6 mois.
Cette préhension est palmaire : l’enfant saisit un objet de grosse taille au départ. On a l’impression qu’il gratte l’objet pour l’attraper puis le serre entre la paume et les trois derniers doigts de la main, en pince inférieure… Comme le singe !
Bébé aime observer ses mains, les faire tourner dans un sens et dans l’autre pour le plaisir de les voir bouger. C’est le moment de lui chanter « Ainsi font, font, font les petites ma rionnettes …. » De la même façon, il aime bien faire passer un cube d’une  main dans l’autre. Vers 7 mois, il commence à mieux se servir de son pouce et à retourner la main avant de saisir. Il prépare l’étape suivante : la pince supérieure qui fera de lui un véritable petit d’homme.

Une machine extraordinaire : la pince supérieure

Le rôle de l’index commence à devenir plus précis entre 9 et 11 mois. Il se délie sous la diminution du tonus des muscles fléchisseurs et en se plaçant en opposition au pouce, il constitue la pince supérieure. Bébé va pouvoir saisir des objets plus petits (gare alors aux perles, billes, cacahuètes et autres petits objets qu’il pourrait porter à sa bouche avec le risque de s’étouffer).
Cette motricité fine va lui procurer d’intenses satisfactions : il devient très attentif au mouvement de sa « pince » et joue à retourner les objets dans tous les sens. Il ne faudra pas trop intervenir dans le jeu de l’enfant, par exemple en montant les cubes à sa place. Sinon, il va sentir que le jeu lui échappe et il risque de détourner son attention. En revanche, rien n’est plus encourageant pour bébé que d’entrevoir votre sourire ou de sentir votre regard approbateur quand il arrive à empiler deux cubes.

Maintenant que je saisis bien, je lâche

Bébé aime jouer avec plusieurs objets. Entre 12 et 15 mois, il les ramasse un à un puis il prend plaisir à les laisser tomber. Il s’exerce ainsi au relâchement fin, ce qui signifie que le contrôle des muscles extenseurs des doigts (ouverture de la main) est en train de parvenir à maturité, après celui des fléchisseurs (fermeture de la main). Ainsi, il lâche les objets, il les ramasse de nouveau un à un. Ce comportement est plutôt ÉVEIL bizarre. En apparence seulement, car en réalité il s’agit d’un comptage.
Bébé s’entraîne déjà de manière rudimentaire à compter. Comme il sait lâcher, il peut maintenant donner. Il tend un jouet à ses parents et, après quelques hésitations, le lâche : c’est le début de l’échange.
Lâcher les jouets permet à bébé de découvrir aussi une autre propriété des objets. Ils font du bruit en tombant. Ce nouveau terrain d’expérience est très instructif. Bébé dispose d’une preuve du « pouvoir » qu’il exerce sur son environnement.
Plus le bruit émis est fort, plus bébé prend conscience de sa « force ».
C’est pourquoi il s’amuse beaucoup à faire tomber ses couverts de sa chaise haute et à les faire tomber à nouveau si vous les ramassez. Gardez votre calme, ce n’est pas de la provocation mais bien le plaisir d’une nouvelle expérience qu’il est en train de mémoriser.

Le lancer, stade avancé de la coordination psychomotrice

Maintenant que bébé sait lâcher et donner, il va apprendre à jeter vers l’âge de 15-18 mois. Jeter est la possibilité de relâcher volontairement un objet avec force et précision.
C’est donc une action complexe qui requiert un développement élaboré des structures de contrôle du cerveau. Son pouvoir de relâchement croissant permet aussi à l’enfant de mieux jouer à la balle. Mais, il faudra des années d’organisation entre le cerveau et les muscles avant que l’enfant sache lancer comme un adulte.

A 2 ans, il sait presque tout faire de ses mains !

  • ouvrir et fermer les portes (attention aux orteils)
  • mettre ses chaussures (pas toujours au bon pied)
  • mettre un manteau (selon la technique du « papillon »)
  • feuilleter un livre d’images (parfois plusieurs pages en même temps)
  • manger et boire seul (sans que vous ayez à faire trop de ménage)
  • monter des tours de 6 à 8 cubes (plus c’est haut, c’est beau)
  • placer 3 à 4 éléments d’un puzzle (la construction en 2D)
  • placer 4 formes sur un jeu d’encastrement (la construction en 3D)

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