Et l’attachement père-enfant ?

par Sébastien COLSON – Puériculteur et Président de l’ANPDE

Depuis toujours, la répartition symbolique des rôles de chaque parent envers leur enfant suit le même schéma : l’autorité pour le père, les soins et la sécurité de l’enfant pour la mère. Pourtant, depuis peu, les professionnels de santé constatent des modifications du rôle du père, qui se révèle finalement tout aussi apte que la mère à s’occuper de l’enfant. Des chercheurs ont également prouvé que le rôle du père dans le développement de l’enfant n’était ni comparable ni substituable à celle de la mère.

Le père n’est pas une « mère bis »

Au fil des recherches qui ont débuté dans les années 70, on s’aperçoit qu’il y a eu une évolution dans la manière d’aborder la place du père en tant que figure d’attachement. D’après Fabien Bacro, auteur d’une thèse sur les relations entre la qualité de l’attachement au père et l’adaptation scolaire des enfants de 3 à 5 ans, «une première approche s’est focalisée sur la mère comme principale figure d’attachement. Ce modèle « hiérarchique» tentait de comparer les effets des relations père-enfant et mère-enfant à partir des mêmes critères. Seulement, le fait de considérer les deux parents comme relativement équivalents a mené certains chercheurs à étudier le père comme s’il était une mère pour finalement constater qu’il n’arrive pas à être une mère aussi bien qu’une mère ». Partant du nouveau principe selon lequel père n’est pas une mère bis, un second modèle va naître, mettant en évidence les spécificités des pères pour les étudier de manière différente.

Le rôle du père dans le développement de l’autonomie de l’enfant

Si dans l’ensemble les comportements du père et de la mère vis-à-vis de leur enfant se ressemblent pour beaucoup, des différences subsistent dans des situations concrètes. «Les recherches sur les pères montrent qu’ils ont tendance à favoriser les jeux brusques avec leur enfant» observe Fabien Bacro. «Cette mise en danger n’est pas négative, bien au contraire, elle permet à l’enfant de dépasser ses limites favorisant ainsi son autonomie. Alors qu’une mère aura tendance à protéger son enfant et à l’aider s’il rencontre des difficultés, le père considèrera davantage qu’il peut se débrouiller, le préparant ainsi au monde extérieur à la famille». La différence se révèle également dans l’acquisition du langage.
Si le père pend soin d’utiliser un vocabulaire adapté à l’âge de l’enfant, il le poussera également plus que la mère à comprendre de nouveaux mots. Catherine Sellenet, auteur du livre Les pères vont bien, évoque les travaux de Jean Le Camus, professeur à Toulouse qui a étudié le rôle des pères dans l’éducation des enfants.
Il a constaté qu’une mère voulant décrire une panthère à son enfant lui dira «regarde le gros chat» alors que le père lui dira : «regarde la panthère» obligeant l’enfant à comprendre ce mot. «Le père est un interlocuteur didactique pour l’enfant qui développera ainsi un vocabulaire actif» souligne Mme Sellenet.
À l’évidence, père et mère n’apportent pas les mêmes ressources à leur enfant, et de fait, ils représentent tous deux des figures d’attachement importantes. «Alors que la mère permet à son bébé d’acquérir un sentiment de quiétude en veillant sur lui avec beaucoup de constance, le père montre à son enfant comment discerner et apprivoiser les difficultés venant de l’extérieur» ajoute Fabien Bacro.

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